Polytechnique Montréal : faire du paysage le reflet d’une identité

Publié le 7 octobre 2026

Rendu 3D - Accueil Polytechnique Montréal

Certains projets sont d’une telle ampleur qu’ils requièrent une méthodologie à la hauteur de leur complexité. C’est le cas de Polytechnique Montréal, dont l’achèvement est prévu en 2031. Les travaux, tout juste lancés, forment la pointe de l’iceberg d’une longue démarche, entamée en 2019. 

Le réaménagement d’un campus comme celui de Polytechnique Montréal représente une importante mission. L’université d’ingénierie possède tout un bagage, tant pour sa valeur institutionnelle et patrimoniale que son potentiel écologique. Dans la foulée de l’agrandissement du pavillon J.-Armand-Bombardier, tous les espaces extérieurs seront remaniés pour mieux desservir la communauté étudiante.

Or, la première pelletée de terre d’un tel mandat ne se fait pas sans une solide préparation pour comprendre avec acuité le passé et anticiper intelligemment le futur. C’est pourquoi notre équipe a d’abord réalisé un programme fonctionnel et technique (PFT), qui a ensuite guidé l’élaboration du plan directeur. Cette étude détaillée permet de cerner les enjeux propres au site : caractéristiques visuelles, socioculturelles, écologiques et psychospatiales. Le PFT fait office de document de référence afin de définir la vision et les objectifs d’aménagement d’un projet. 

Gianna Cabanas, directrice de conception

« Implanté sur les flancs du mont Royal, un projet comme celui-là imposait une analyse minutieuse pour créer une transition naturelle entre le campus et la montagne. Il fallait vraiment bien comprendre les besoins de la communauté étudiante, mais aussi les contraintes topographiques du site, sa valeur patrimoniale, et son rôle écologique. » 


Ces considérations ont mis la table pour une proposition éloquente et durable, déployant une identité forte en cohésion avec son environnement. Façonné comme un matériau architectural, le paysage deviendra la trame qui structure et reconnecte le campus à la montagne.

Rendu 3D - Seuil d'entrée Polytechnique Montréal
Saisir les priorités et les besoins d’une communauté

Pour dégager une vision claire du campus idéal, rien de mieux que de s’appuyer sur les observations de celles et ceux qui le fréquentent. Nous avons ainsi pu traduire leurs préoccupations en priorités structurantes : aménager un environnement calme, connecté à la nature et adapté aux usages quotidiens. L’omniprésence des superficies minérales reflétait un urbanisme axé sur la voiture plutôt que l’individu. Il fallait rééquilibrer cette dynamique et redonner une place centrale à la vie étudiante, en imaginant des espaces extérieurs capables d’accueillir aussi bien les événements que l’étude, le ressourcement ou la socialisation.

Doublés d’une réflexion sur l’organisation socioculturelle des lieux, ces constats ont posé les fondements du plan directeur. Celui-ci place le paysage au cœur d’une nouvelle vision pour le campus. L’axe nord-sud rapprochera les usagers du contexte naturel du site grâce à une série de terrasses et d’espaces végétalisés aménagés à travers les différents paliers. L’axe d’est en ouest reliera les différents pavillons et animera le parcours par une succession de lieux où s’arrêter et se rencontrer. 

Plan des axes de circulation
Rendu 3D - Vue aérienne des terrasses et plaine multifonctionnelle
Rendu 3D - Jardin de lecture Polytechnique Montréal

Concrètement, l’environnement s’articulera comme un prolongement des salles de cours : placettes et agoras, salons d’études extérieurs, plaine multifonctionnelle… Le mobilier, les zones ombragées et une végétation en phase avec la montagne rendront les lieux confortables et invitants. La transformation insufflera une échelle humaine au campus : des cases de stationnement céderont le pas à des plantations contribuant à réduire les îlots de chaleur ; les axes de circulation seront repensés pour mieux sécuriser les déplacements piétons ; et de nombreux aménagements couverts pour vélo favoriseront le transport actif. À partir de considérations pragmatiques, un milieu de vie émergera.

S’inscrire dans l’histoire architecturale d’une institution

Imaginer l’avenir de Polytechnique Montréal, c’est aussi s’insérer dans une longue histoire architecturale. L’université s’est établie au fil de plusieurs années, de la construction du bâtiment principal, en 1958, jusqu’à son agrandissement en 2005 en passant par l’ajout du pavillon J.-Armand-Bombardier en 2004. Ces deux édifices ont été reconnus comme ayant une valeur patrimoniale moyenne selon la Chaire de recherche du Canada en patrimoine bâti. De plus, le site s’inscrit dans un ensemble urbanistique plus large, qui inclut également le campus de l’Université de Montréal. Les plans directeurs ont été réfléchis de 1960 à 1968 par Jean-Claude La Haye. Sa vision a contribué à instaurer un langage moderniste, précieux témoin de l’époque. 

Mobilier de béton Jean-Claude La Haye

Source : Érudit Cahiers de géographie du Québec

Escalier de béton Jean-Claude La Haye

Source : Érudit Cahiers de géographie du Québec

Notre propre plan directeur célèbre ce passé par la continuité qu’il propose, notamment avec des lignes structurantes, des volumes géométriques et une matérialité brute, qui se déclinent dans le design du pavé et du mobilier. L’imposante cheminée de la chaufferie du pavillon principal conservera son importance intemporelle dans le paysage. Le verdissement du parvis rendra cette entrée plus accueillante encore. Entre la reconnaissance d’un héritage et la construction d’une identité actuelle, nous forgeons une signature visuelle singulière.

Photo d'archive Polytechnique Montréal

Source : Montréal Je me souviens

Rendu 3D - escalier entouré de végétation
Plan directeur Polytechnique Montréal
Déployer le potentiel de la montagne

Notre équipe a aussi étudié Polytechnique Montréal sous l’angle de son contexte géographique unique. L’institution s’insère dans une coulée verte qui s’étend du parc Tiohtià:ke Otsira’kéhne au boisé Édouard-Montpetit. En consolidant ce corridor écologique, le plan directeur rétablit une continuité aujourd’hui interrompue par le campus et renforce la présence du vivant au cœur de celui-ci. Par ailleurs, l’université se trouve à flanc de montagne, ce qui soulève des enjeux techniques majeurs. De ces contraintes ont suivi des décisions concrètes et pérennes : augmentation de la superficie perméable, implantation d’une flore indigène, aménagement des espaces en cohérence avec la topographie… La nature devient un matériau qui contribue non seulement à la revalorisation de la biodiversité, mais qui répond au désir d’une communauté de se sentir connectée à la nature.
 

Plan de la coulée verte et des zones de protection

Le contexte de Polytechnique Montréal a ainsi été scruté sous toutes ses coutures. Ce processus d’écoute et d’observation qui a précédé le début des travaux illustre l’expertise de l’architecture de paysage à cerner les enjeux multifactoriels d’un endroit pour mieux le sublimer. Bien au-delà de l’esthétique, c’est une profonde métamorphose qui s’amorce afin de réaffirmer l’identité du site. 
 

Le projet offrira aux futures générations de l’ingénierie québécoise un milieu où l’effervescence de la vie universitaire dépasse les bancs d’école.


Un nouvel espace de vie prendra forme, invitant les communautés environnantes à se retrouver et à habiter pleinement ce lien entre deux grandes institutions montréalaises : Polytechnique Montréal et le mont Royal.

Rendu 3D - Étudiants réunis aux tables de pique-nique

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