L’Espace citoyen des Confluents, à Laval, montre comment architecture et paysage peuvent se concevoir comme un tout.
Dans l’imaginaire collectif, l’aménagement paysager arrive souvent après l’architecture : ce qui vient habiller un bâtiment une fois celui-ci construit. Pourtant, certains lieux naissent d’un tout autre dialogue. Ici, architecture et paysage sont pensés conjointement, dans une approche résolument transdisciplinaire fondée sur une responsabilité de conception partagée.
Sur ce site autrefois occupé par une usine pétrochimique, la transformation ne s’est pas limitée à l’implantation d’un nouvel équipement public. Elle a commencé par une question simple : que peut devenir ce territoire si l’on s’appuie d’abord sur ses dynamiques naturelles ?
©Pierre-Alexandre Guay
Un territoire à réparer
Situé à la jonction des quartiers Saint-François et Duvernay-Est, le site porte encore les traces d’une histoire industrielle marquée. Ancien boisé devenu terres agricoles, puis terrain d’une usine pétrochimique de BASF dans les années 1970 et 1980, il est longtemps demeuré une friche altérée malgré les travaux de décontamination.
Plutôt que d’effacer cette mémoire, la conception s’est appuyée sur les qualités intrinsèques du lieu. Les sols argileux fertiles, la proximité de milieux humides et la capacité naturelle du terrain à retenir l’eau ont orienté une approche fondée sur la régénération.
Le projet transforme ainsi une friche industrielle en paysage civique habité. Bibliothèque, équipements culturels et services municipaux prennent place dans un ensemble traversé de sentiers, d’aires de pause et d’un réseau de mobilité active reliant les quartiers voisins.

©Archive Ville de Laval

©Archive Ville de Laval
L’eau comme ossature du paysage
Ici, l’hydrologie devient le moteur de la conception. Un réseau de bassins interconnectés capte les eaux de pluie et de ruissellement pour les faire circuler lentement à travers le site. Cette gestion à ciel ouvert permet de traiter l’ensemble des eaux pluviales sur place tout en favorisant l’émergence d’une biodiversité riche.
Plus de 300 arbres ont été plantés et des corridors biologiques soutiennent l’installation progressive d’un écosystème vivant. La végétation spontanée contribue elle aussi à former un paysage évolutif appelé à se transformer avec les saisons.
Même le stationnement participe à cette logique. Sa géométrie triangulaire limite les surfaces imperméables, tandis que la canopée viendra, avec le temps, atténuer les îlots de chaleur.

©Projet Paysage

©Vincent Brillant
Une conception véritablement intégrée
Dès les premières phases du projet, nous avons travaillé en étroite collaboration avec la firme d’architecture Cardin Julien afin de concevoir un ensemble civique cohérent où bâtiment et paysage se structurent mutuellement.
Cette collaboration ne relève pas d’un simple ajustement formel, mais d’une responsabilité partagée dans la fabrication des espaces publics.

©David Boyer
Certifié LEED v4 Or, le projet illustre le potentiel de ces approches intégrées dans la conception de pôles civiques capables d’allier performance environnementale, qualité spatiale et ancrage territorial.
L’édifice agit comme repère dans le site, tandis que l’aménagement organise les déplacements et les rythmes du lieu. L’orientation bioclimatique du bâtiment dialogue avec la gestion hydrologique et l’organisation des parcours extérieurs.
Cette approche renforce la continuité entre intérieur et extérieur : les ouvertures cadrent le paysage, les parcours prolongent l’expérience du bâtiment et les aménagements extérieurs deviennent de véritables lieux de rencontre.

©Cardin Julien
Un paysage à habiter
Ouvert au public depuis 2024, l’Espace citoyen des Confluents se parcourt à pied ou à vélo. On s’y arrête pour lire, observer la faune, ou simplement ralentir, mais aussi pour participer à des activités culturelles, assister à un atelier ou fréquenter les espaces communautaires intégrés au bâtiment. Les sentiers serpentent entre bassins et végétation, offrant l’expérience rare d’un paysage dense au cœur d’un tissu urbain constitué.
Conçu comme un véritable troisième lieu, l’endroit favorise à la fois la socialisation et le contact avec le vivant. À travers ce projet, nous cherchions à démontrer que le paysage peut dépasser sa dimension esthétique pour devenir une véritable infrastructure écologique et sociale.
Lorsqu’on commence par le sol, par l’eau et par le vivant, les aménagements publics cessent d’être de simples installations : ils deviennent des milieux de vie.

©Vincent Brillant

©Vincent Brillant
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Fondée à Montréal en 1992, Cardin Julien conçoit des projets architecturaux à forte portée collective. Reconnue pour son expertise en équipements institutionnels et culturels, la firme intègre le développement durable au cœur de son approche. Elle crée des milieux inclusifs et adaptés aux besoins des collectivités, portée par la conviction que l’architecture doit transformer concrètement les milieux de vie et soutenir la transition socio-écologique.

